Si tu te sens épuisée de produire, de publier, de prouver, y compris dans ta foi, tu n’es pas seule. J’ai longtemps cru que le problème, c’était les réseaux sociaux, ou le rythme du travail. Je me trompais. Le besoin de reconnaissance ne disparaît pas avec la conversion. Il change simplement de décor. Ce que Jésus enseigne est radicalement différent de ce que la culture du « faire » nous a appris. Notre valeur ne se mesure ni aux likes ni aux amen. Apprendre à « être » en Christ, c’est quitter la logique de la preuve pour entrer dans celle de la grâce. Je ne l’ai pas lu dans un livre. Je l’ai traversé dans ma propre vie, avec tout ce que ça fait mal et tout ce que ça libère.
Pourquoi le besoin de reconnaissance nous suit-il jusque dans la foi ?

À retenir
- Le besoin de reconnaissance ne disparaît pas à la conversion. Il change de terrain, pas de nature.
- On peut transférer le même moteur de performance dans un contexte chrétien sans s’en apercevoir.
- L’agitation spirituelle peut masquer une question plus profonde sur ce qu’on est vraiment.
- Le décor change (likes, vues, amens). Les réflexes, eux, restent souvent les mêmes.
Le réflexe immédiat : recréer la même machine
Quand j’ai rencontré Jésus et commencé mes études bibliques, il s’est passé quelque chose d’assez révélateur. En quelques semaines, j’avais déjà créé un site et une chaîne YouTube. Réflexe presque automatique. Il n’était pas question pour moi de ne pas « capitaliser » sur ce que je vivais. Je voulais partager, oui, mais surtout être reconnue dans ce nouveau domaine, comme je l’avais été dans l’ésotérisme pendant des années avec La Magie d’Anne Sophie et la Witches School.
J’avais simplement transféré le même moteur dans un décor différent. Le fond restait intact : prouver que je valais quelque chose. Quelques semaines après, j’ai décidé de fermer ce site et cette chaîne. Pas par renoncement, mais parce que cette charge mentale dans le « faire » n’était plus tenable. Ce qui reste aujourd’hui, c’est l’écriture. Pas pour les vues. Parce que ça me fait énormément bien et me rapproche de Jésus.
Ce glissement d’un univers à l’autre sans jamais questionner les motivations, je l’ai observé dans beaucoup de parcours de conversion que j’ai croisés. Le décor change. Les réflexes restent souvent les mêmes.
La question cachée derrière l’agitation
Derrière beaucoup de « faire » excessif se cache une question non formulée : « Et si je me trompais sur ce que je suis vraiment ? » L’agitation dans le faire peut être une façon d’éviter de s’asseoir avec cette question, parce que le silence obligerait à y répondre.
C’est ce que le mensonge de la performance entretient si bien : tant qu’on produit, on n’a pas à regarder en face ce qui manque à l’intérieur.
« Être dans l’être » : pourquoi le développement personnel ne suffit pas

À retenir
- Chercher le lâcher-prise sans destinataire, c’est lâcher dans le vide.
- « L’univers » absorbe. Dieu, Lui, tient.
- Pierre marchant sur les eaux : quand la peur revient, c’est souvent qu’on a recommencé à regarder la tempête.
- Le développement personnel apprend à se regarder soi. L’Évangile apprend à regarder Dieu.
Ce qu’Eckhart Tolle promet, et ce qui manque
Pendant des années dans le développement personnel et le New Age, j’ai cherché le lâcher-prise. Il était partout dans les livres, les stages, les cercles de pratique. Et pourtant, il restait difficilement atteignable. Pas par manque de bonne volonté. Mais parce qu’il manquait quelque chose d’essentiel : une personne à qui remettre ce que je lâchais. Un « univers » ne reçoit rien. Il absorbe. Dieu, Lui, tient.
L’image qui me revient souvent, c’est celle de Pierre marchant sur les eaux (Mt 14, 28-31). Depuis que je garde le regard sur Jésus, je sais que quand la peur revient, c’est parce que j’ai recommencé à regarder la tempête, pas Lui. Le développement personnel m’apprenait à me regarder moi. L’Évangile m’apprend à regarder Dieu.
→ Si tu es dans ce vide intérieur et perte de sens, cet article peut t’aider à nommer ce que tu traverses.
Lâcher-prise vers l’univers ou confiance en Dieu : ce n’est pas la même chose
Dans le monde du développement personnel, lâcher prise signifie se fier à l’univers, ce reflet d’un pouvoir intérieur. Dans la Bible, lâcher prise signifie remettre le contrôle à Dieu, accepter que c’est Sa volonté qui s’accomplit, et non la nôtre. « Remets ton action au Seigneur, et tes projets réussiront. » (Pr 16, 3)
Le Pape François décrit cela avec une image qui m’a touchée : « apprendre à se coucher dans la main de Dieu. Comme un enfant, nouveau-né, qui se blottit contre le sein de sa mère pour s’endormir paisiblement. » Ce n’est pas de la passivité. C’est une confiance qui suppose de savoir à qui l’on s’adresse.
Concrètement, à quoi ressemble « être en Christ » quand on a toujours fonctionné dans le faire ?

À retenir
- Le silence n’est pas un vide à remplir. C’est un espace où Dieu travaille.
- La vraie question n’est pas « est-ce que je fais ? » mais « pour qui est-ce que je fais ? »
- La logique de la grâce est l’inverse de la logique du mérite : on reçoit, on ne gagne pas.
- Un signal concret : quand l’action s’accompagne d’anxiété sur le résultat, c’est souvent qu’elle vient de l’ego et non de Dieu.
Apprivoiser le silence, même quand il fait perdre une partie de soi
Pendant longtemps, mes soirées se terminaient dans de douces rêveries de projets. Je m’endormais en imaginant ce que j’allais créer, lancer, écrire. Puis, tout cela s’est arrêté. Je me couchais avec un étrange sentiment de vide. J’avais l’impression de ne plus fonctionner comme avant, de perdre une partie de mon identité.
Et dans ce silence, quelque chose comme une invitation intérieure : « Non, attends. Reste là, dans ce silence. Étudie, écoute, digère. » Et encore : « Ne t’efforce pas de tout remplir ou de tout contrôler. Reste simplement présent, confiant dans le fait que même dans l’attente, même dans ce vide, Dieu travaille en toi avec amour et patience. »
Le Psaume 46, 11 dit : « Arrêtez ! Sachez que je suis Dieu. » Je ne l’avais jamais vraiment lu comme une invitation. Je le lisais comme une injonction. Aujourd’hui, c’est presque une prière.
Revoir ses motivations : faire pour Dieu ou faire pour être vu ?
La prière silencieuse, celle qui n’exige rien d’autre que d’être là, sans produire, sans « bien faire », est souvent la plus redoutée. Dans le silence, on ne peut plus se cacher derrière l’activité ou les formules.
Ga 1, 10 pose la question : « est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux me faire approuver ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? » Et Col 3, 23 y répond : « Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour plaire à des hommes. » Mt 6, 1 me semble utile à relire pour quiconque a une vie publique. La question n’est pas « est-ce que je partage ? » mais « pourquoi, et pour qui ? »
→ Pour aller plus loin sur ce point : discerner la volonté de Dieu
La logique de la grâce est le parfait inverse de la logique du faire : c’est parce qu’on ne mérite pas que l’on peut recevoir gratuitement. Si la grâce se méritait, ce serait un salaire, pas un don.
À retenir Les trois règles que j’ai posées pour ce blog :
- Pas de communication active autour des articles
- Rien investi financièrement
- Pas de planning de publication imposé
Et une phrase que je me répète souvent : « Je n’ai pas besoin de gagner ma vie, je l’ai déjà. »
FAQ
Eckhart Tolle propose un ancrage dans la conscience du moment présent. « Être en Christ » est différent dans sa nature même : ce n’est pas un état à atteindre par la pratique, c’est une relation. On ne s’ancre pas dans une conscience abstraite, on s’appuie sur une personne. Ce n’est pas la même chose.
Ce n’est pas la question que je poserais. Ce que Mt 6, 1 interroge, c’est la motivation. La même action peut venir de deux endroits très différents. L’important, c’est de le vérifier honnêtement.
Honnêtement, je ne sais pas toujours. Ce que j’ai appris : quand l’action s’accompagne d’anxiété autour du résultat, c’est souvent un signal. Quand elle reste sereine même si personne ne regarde, c’est différent.
Non. Ce n’est pas un appel à l’inaction. On peut créer, partager, témoigner, à condition de ne pas en faire la condition de sa valeur.
Dans mon expérience, la première étape, c’est le silence. Cinq minutes, sans téléphone, sans podcast. Simplement être là. Et poser la question : « Pour qui est-ce que je fais ça ? »
→ Voir aussi : sobriété numérique et foi
Pour finir : la foi n’est pas naïve
À retenir
- L’abandon à Dieu coexiste avec la responsabilité adulte. Ce ne sont pas deux postures opposées.
- Ce n’est pas une foi qui ferme les yeux, c’est un abandon conscient qui les garde ouverts.
- La paix que Jésus donne ne dépend pas des résultats ni de l’audience.
L’abandon à Dieu ne signifie pas s’asseoir et attendre que tout arrive. Il coexiste avec la responsabilité adulte : croire que Dieu pourvoit ET poser des actes lucides. Ce n’est pas une foi qui ferme les yeux, c’est un abandon conscient qui les garde ouverts.
Je n’ai pas toutes les réponses. Mais je sais que depuis que j’ai arrêté de courir pour prouver ma valeur, quelque chose s’est posé en moi que je n’avais pas connu depuis longtemps. Une paix que le monde ne donne pas.
Si tu es dans cette tension entre le faire et l’être, entre l’agitation et le silence, tu peux commencer par revenir à Dieu.