La limite ne passe pas entre faire des efforts et ne rien faire. Le développement personnel me place au centre : je me construis, pour moi, par mes propres moyens. La sanctification déplace ce centre : je me laisse reconstruire par Dieu, pour Lui. Même travail, propriétaire différent. Et le résultat n’est pas le même.
Si tu as passé des années à travailler sur toi et que tu te demandes aujourd’hui si tout ça t’a rapprochée de Dieu ou éloignée de Lui, cette question n’est pas un caprice. Je me la suis posée pendant très longtemps. Et je te préviens tout de suite : la réponse n’est pas « le développement personnel c’est mal ».
Le développement personnel est-il compatible avec la foi chrétienne ?
À retenir
- Non, la foi ne demande pas d’arrêter de progresser. La vie chrétienne est pleine de discipline.
- Ce qui pose problème n’est pas l’effort, c’est de croire qu’on se sauve toute seule.
- La soif qui pousse au développement personnel est juste. C’est une antenne réelle, mal réglée.
- Analyser son passé n’est pas le rejeter.
Pendant trente ans, j’ai vendu de la croissance personnelle
En juin 2024, un matin, j’ai basculé plus de mille vidéos de ma chaîne en privé. En une matinée. J’ai fermé mon école de formation, ma page, mes projets. Je clôturais trente ans de ma vie, commencés à dix ans par le paranormal, terminés à quarante-et-un par une décision que je repoussais depuis quatre ans. Je ne quittais pas seulement l’ésotérisme. Je quittais aussi le développement personnel tel que j’en parlais depuis des années, parce que les deux étaient devenus la même chose dans ma bouche.
Je précise ça pour une raison simple. Je n’ai pas découvert le problème dans un livre. J’ai accompagné des centaines de femmes. J’ai vendu les outils. Je ne suis ni théologienne ni prêtre, je suis témoin, et mon témoignage vaut surtout parce que j’étais à l’intérieur.
Non, l’Église ne te demande pas d’arrêter de progresser
C’est le premier malentendu, et il est énorme. Beaucoup de gens s’imaginent qu’en devenant chrétien, on renonce à tout effort sur soi. Qu’on s’assoit et qu’on attend.
C’est faux. La vie chrétienne est pleine de discipline : une prière régulière, la lecture des Écritures, les sacrements, un travail patient sur les vertus, l’humilité, la patience, la charité. Le Catéchisme dit que l’appel à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état (CEC 2013). Sans exception. Ce n’est pas une invitation à la passivité.
Donc si quelqu’un te dit que la foi rend paresseux, il n’a jamais essayé.
Ce qui était bon là-dedans, et que je ne jette pas
Il y a une phrase que je dis souvent au sujet des femmes qui partent dans le New Age et le développement personnel : ce n’est pas une pathologie, ce n’est pas de la naïveté. C’est une antenne réelle, mais mal réglée.
La soif était juste. Le désir de guérir, de comprendre, de ne pas passer à côté de sa vie : tout ça est légitime. Ce que je regarde aujourd’hui d’un autre œil, ce n’est pas la motivation, c’est le mécanisme qu’on installe en route. Analyser n’est pas rejeter. J’ai fait un bilan complet de ce que le New Age m’a réellement donné, et il n’est pas vide.
Je progresse sur moi-même, alors pourquoi je me sens plus loin de Dieu ?

À retenir
- Le chantier du développement personnel n’a pas de fin, et tu en es seule responsable.
- Se travailler soi-même en permanence finit par enfermer en soi-même.
- Saint Augustin appelle ça incurvatus in se : l’homme recourbé sur lui-même.
- Une paix qu’on entretient s’effondre. Une paix qui tient ne dépend pas de mes pratiques.
Le chantier qui ne se termine jamais
Voilà ce que je peux dire de l’intérieur : j’ai fait le tour de ce que ce milieu avait à m’offrir, et surtout à m’apprendre. Après mon burn-out de 2020, j’ai passé quatre ans à changer de programme pour continuer à apprendre quelque chose. Je me suis formée au business en me disant que si j’apprenais autre chose, j’y trouverais mon compte. Quatre ans plus tard, la réponse était non.
Ce n’est pas mon histoire seulement. Je lis les mêmes phrases chaque semaine : pourquoi est-ce que mes propres méthodes ne comblent plus mon vide intérieur ? Il y a une fatigue très particulière au développement personnel, et elle vient de là. Le chantier n’a pas de fin, et tu en es seule responsable. Tu es à la fois l’ouvrière, l’architecte et le bâtiment. C’est la même mécanique que celle que je décris dans le mensonge de la performance, simplement transposée à l’âme.
Se travailler soi-même finit par enfermer en soi-même
Saint Augustin a un mot pour ça : incurvatus in se. L’homme recourbé sur lui-même. L’âme qui refuse de se tourner vers la lumière et qui tourne en rond dans sa propre misère.
Quand je l’ai lu, j’ai reconnu quelque chose. Des années de travail sur moi, d’introspection, de bilans, de remises en question. Et une impression bizarre de tourner sur place, en boucle, avec de plus en plus de vocabulaire pour décrire le même point de départ.
Augustin écrit ailleurs cette phrase qui a fait sauter quelque chose : « Tu es plus intime à moi-même que moi-même. » Autrement dit : je ne suis pas la meilleure spécialiste de moi. Quelqu’un me connaît mieux. Ça peut vexer, ou ça peut soulager. Chez moi, ça a soulagé.
La différence entre une paix qu’on entretient et une paix qui tient
Quelqu’un m’a demandé un jour, sous un article, s’il y avait eu dans mon parcours un déplacement du centre spirituel. J’ai répondu oui, exactement ça. Dans le New Age, le centre c’était moi : mes intentions, mes pratiques, mon état intérieur. Dieu, ou ce que j’appelais alors « l’Univers », était un outil au service de ce que je voulais obtenir. Ce qui a bougé, c’est ça. Je ne suis plus le centre. Il y a quelqu’un d’autre, qui me précède, qui me dépasse, et à qui je réponds. Et c’est là que j’ai trouvé quelque chose qui ressemble enfin à de la paix. Pas une paix que je dois entretenir par mes pratiques. Une paix qui me tient.
Voilà la différence, en une phrase. Une paix qu’on entretient s’effondre le jour où on n’a plus la force d’entretenir quoi que ce soit. J’ai développé ça plus longuement dans force mentale ou grâce de Dieu.
Quelle est la différence entre se développer et se sanctifier ?

À retenir
- Sanctifier vient de sanctificatio : mettre à part, consacrer. Pas perfectionner.
- Le développement personnel vise une meilleure version de moi. La sanctification me met à part pour Dieu.
- Trois questions tranchent : qui est au centre, pour qui je fais ça, qu’est-ce que je fais de l’épreuve.
- Le piège le plus courant chez les convertis : réimporter la performance dans la foi.
Sanctifier ne veut pas dire améliorer
Le mot est trompeur, alors autant partir de sa racine. Sanctificatio vient d’un verbe qui signifie « mettre à part », « consacrer ». Pas « perfectionner ». Pas « développer son potentiel ».
Se sanctifier, ce n’est donc pas devenir une meilleure version de soi-même. C’est être mis à part pour Quelqu’un. « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » (1 Th 4,3). Et cette sainteté n’est pas un projet personnel que je pilote : le Catéchisme parle de la grâce comme du don que Dieu nous fait de sa vie, infusée par l’Esprit Saint dans notre âme « pour la guérir du péché et la sanctifier » (CEC 1999).
Autre chose qui m’a mis du temps à entrer : la sainteté ne signifie pas l’absence de fautes. Le développement personnel, lui, vise toujours un état atteint, réparé, résolu. La sanctification accepte que ce soit long, et que ce ne soit pas moi qui tienne le calendrier.
Trois questions qui tranchent
Quand je ne sais pas de quel côté de la limite je me trouve, je me pose trois questions. Elles marchent pour n’importe quelle pratique : un journal, une méditation, un objectif, une lecture, une retraite.
| Développement personnel | Sanctification | |
|---|---|---|
| Qui est au centre ? | Moi. Mes intentions, mon état, mon potentiel. | Dieu. Je réponds à quelqu’un qui a commencé avant moi. |
| Pour qui je fais ça ? | Pour mon bien-être, ma réussite, ma version améliorée. | Pour aimer Dieu et mon prochain. Le bien-être arrive parfois en plus, il n’est pas le but. |
| Qu’est-ce que je fais de l’épreuve ? | Je l’évite, je la corrige, ou je m’accuse de l’avoir attirée. | Je la traverse avec Dieu. Elle peut me façonner (Jc 1,2-4). |
La troisième question est la plus révélatrice. Une spiritualité qui ne sait rien faire de la souffrance sauf te reprocher d’y être te laissera seule le jour où elle arrive. C’est ce que j’ai vécu.
Et pour le premier critère, il y a ce verset qui dit tout : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12,2). Le mouvement ne part pas de moi. Ce n’est pas moi qui fais le travail sur moi.
Le même geste, retourné : l’exemple de la gratitude
Prends le journal de gratitude. Le geste est identique : écrire chaque soir ce pour quoi on est reconnaissante.
Dans le développement personnel, on remercie pour se sentir mieux et pour attirer davantage. On s’adresse à personne, ou à soi. Et on trie, parce qu’on évite les pensées « négatives ».
Dans la foi chrétienne, on rend grâce à quelqu’un. À un Dieu qu’on nomme. Et « rendez grâce en toute circonstance » (1 Th 5,18) veut dire : y compris dans ce qui fait mal, sans le maquiller. Ce n’est plus un outil de bien-être, c’est une conversation. J’ai décrit la bascule concrète d’une pratique à l’autre dans mon article sur tenir un journal spirituel chrétien.
Même geste. Direction opposée.
Le piège inverse, dont on parle beaucoup moins
Il existe une manière de sortir du développement personnel en l’emportant avec soi. C’est peut-être le piège le plus courant chez les convertis, et je suis très bien placée pour en parler.
Ça donne une foi qui fonctionne comme un contrat : je crois en toi tant que tu réponds à mes attentes. Dieu devient un distributeur, exactement comme « l’Univers » avant Lui. C’est la loi de l’attraction avec un autre nom, et ça s’effondre à la première épreuve. J’ai développé ce mécanisme dans loi de l’attraction vs volonté de Dieu.
Ça donne aussi de la performance spirituelle. Est-ce que je prie assez ? Est-ce que je suis assez ? Une auto-évaluation permanente, avec un vocabulaire religieux par-dessus.
J’ai vu ça de près, chez des personnes fraîchement converties venues du même monde que moi : la dureté et le jugement avaient parfaitement survécu au changement de vocabulaire. Seule l’étiquette avait bougé. Ce qui m’a le plus servi ce jour-là, c’est de m’apercevoir que j’étais en train de les juger en le constatant.
« Mais alors, tu as perdu ton pouvoir personnel ? »
À retenir
- « Le règne de Dieu est au milieu de vous » ne veut pas dire que tu es Dieu.
- Faire confiance à Dieu n’est pas un transfert de puissance vers une autorité abstraite.
- Aucun parent ne perd de pouvoir en aimant son enfant.
- Le New Age efface la distinction entre le Créateur et la créature. C’est là que tout se joue.
On me l’écrit régulièrement. Le dernier message disait, en substance : maintenant que ta confiance est entièrement placée dans un autre être que toi-même, ton pouvoir lui est transféré, c’est une question purement « énergétique ». Et il ajoutait que quand Jésus dit « le royaume de Dieu est en vous », il invitait chacun à retrouver son propre pouvoir, parce que Dieu, au fond, c’est nous.
Je comprends cette lecture. Je l’ai enseignée.
Deux choses. D’abord, ce verset ne dit pas ce qu’on lui fait dire, et la traduction y est pour beaucoup. La liturgie francophone le traduit ainsi : « voici que le règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). Au milieu de vous, pas à l’intérieur de chacun. Et le contexte tranche : des pharisiens viennent de demander à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, et il répond que sa venue « n’est pas observable » (Lc 17,20), qu’on ne dira pas « il est ici » ou « il est là », parce qu’il est déjà présent devant eux, en Lui. C’est une phrase sur Jésus, pas une invitation à l’introspection.
Ensuite, l’idée que faire confiance revient à perdre quelque chose. Je pense à ma fille. Elle me fait confiance, et cette confiance ne lui retire rien. Elle lui donne un sol. Aucun parent ne perd de pouvoir en aimant son enfant, et aucun enfant ne se diminue en se laissant aimer. La foi n’est pas un transfert de puissance vers une autorité abstraite, c’est une relation avec quelqu’un qui a fait ses preuves. Tout le parcours pour sortir du New Age tient dans cette différence.
Questions fréquentes
Non, pas en soi. Une méthode d’organisation, un travail sur la confiance en soi, une thérapie ne sont pas des pratiques occultes. Ce qui pose problème, c’est quand la démarche devient un système spirituel complet qui te promet le salut par tes propres moyens, et qui te rend seule responsable de ta guérison.
Oui. Cet article ne parle pas de soin psychique, et je ne suis pas compétente pour ça. Un accompagnement professionnel n’entre pas en concurrence avec la grâce. Il devient discutable seulement s’il s’appuie sur une vision du monde qui te place au centre de tout.
C’est le processus par lequel un baptisé est mis à part pour Dieu et transformé peu à peu à l’image du Christ. Elle commence à la conversion, se poursuit toute la vie, et reste avant tout l’œuvre de l’Esprit Saint, à laquelle on répond par la foi et l’obéissance.
Pose-toi la question de l’adresse. À qui est-ce que je parle quand je fais ça ? Si la réponse est « à personne », « à moi », ou « à une force », tu as ton indice. Et regarde le fruit : est-ce que ça te rend plus libre et plus disponible aux autres, ou plus occupée de toi-même ?
Par l’examen de conscience du soir, qui fait le même travail de relecture mais en présence de Dieu. Et par la lecture d’un psaume quand rien ne sort. Le reste vient tout seul, avec la pratique du discernement.
C’est une vraie question, et l’observation est juste : l’ego se glisse partout, y compris dans la spiritualité. Les mystiques chrétiens ne disent pas autre chose quand ils parlent d’humilité et de discernement des esprits. Mais l’argument suppose que toutes les routes spirituelles se valent, et c’est précisément ce que trente ans dans l’une puis quelques années dans l’autre m’ont permis de comparer.
Alors, où est la limite ?
Elle n’est pas dans l’effort. Elle n’est pas dans le fait de vouloir grandir, ni de tenir un carnet, ni de se lever tôt.
Elle est dans la question : pour qui ?
Pendant des années, ma vie était une vitrine du développement personnel. Ce que je demande aujourd’hui, c’est qu’elle soit un témoignage de la grandeur de Dieu. Ce n’est pas le même métier. Ce n’est pas la même fatigue non plus.
Si tu es en train de faire ce tri, tu n’as pas besoin de tout brûler du jour au lendemain. Tu as besoin de savoir qui tient le chantier. Le reste se démêle ensuite, souvent plus vite qu’on ne croit. C’est tout le sens de la démarche pour revenir à dieu.
👉 Kit de Résistance Spirituelle : je t’ai préparé un guide gratuit pour poser les premiers repères concrets quand on sort du New Age et du développement personnel, et qu’on ne sait pas par quoi commencer.
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