Après une conversion, il n’y a pas de rituel unique à accomplir. Mais l’Église invite à se séparer des objets liés aux pratiques ésotériques : jeux de tarot, pendules, cristaux utilisés comme outils, livres de magie. Le plus cohérent est de les détruire plutôt que de les revendre ou de les offrir. Le geste compte. Ce qui le rend vrai, c’est la confiance qu’on déplace vers Dieu.
Tu viens de revenir à la foi, ou tu t’en approches. Et il y a ce tiroir. Les cartes, les pierres, le pendule, les livres. Tu ne sais pas si tu dois tout jeter, tout garder, ou faire comme s’ils n’étaient plus là.
C’est la question qu’on me pose le plus souvent depuis que je raconte mon histoire : « Qu’est-ce que je fais de mes cristaux, mes tarots, mes livres d’ésotérisme ? » Pendant près de trente ans, j’ai vécu de ces objets. J’avais des tiroirs pleins de pierres, plusieurs jeux de cartes, un pendule. Je les ai vendus, j’ai appris à des milliers de personnes à s’en servir. Alors je ne vais pas te répondre de l’extérieur.
Vers vingt ans, j’ai jeté mon premier grimoire. Pas par conviction spirituelle : je me disais que ce n’était pas assez sérieux, qu’il fallait que je devienne adulte. Quelques années plus tard, j’y suis revenue, et j’y suis restée vingt-cinq ans. J’avais fait le geste sans que rien ne change à l’intérieur.
Ça m’a appris une chose : se débarrasser d’un objet ne suffit pas. Mais ça ne veut pas dire que le geste ne sert à rien.
Faut-il vraiment se débarrasser de ses objets ésotériques ?

À retenir
- La Bible montre des convertis qui brûlent eux-mêmes leurs livres de pratiques occultes, en public (Ac 19, 19).
- L’Église met en garde contre la magie, la sorcellerie et le port d’amulettes (CEC 2117).
- Ce n’est pas de la peur des objets. C’est une question de cohérence : on ne garde pas un pied dans ce qu’on a quitté.
Quand les premiers chrétiens d’Éphèse se convertissent, le livre des Actes raconte un détail très concret : « Bon nombre de ceux qui avaient pratiqué les sciences occultes rassemblaient leurs livres et les brûlaient devant tout le monde ; on en évalua le prix : cela faisait cinquante mille pièces d’argent » (Ac 19, 19). Ils n’ont pas revendu. Ils n’ont pas rangé au grenier « au cas où ». Ils ont détruit, et ça leur a coûté cher.
Dans l’Ancien Testament, la consigne va dans le même sens : « Les idoles de leurs dieux, vous les brûlerez […] de peur qu’ils ne soient pour toi un piège » (Dt 7, 25-26). L’idée n’est pas que l’objet serait magique. C’est qu’il reste un point d’accroche, une porte laissée entrouverte.
Le Catéchisme le dit sans détour : les pratiques de magie et de sorcellerie sont « gravement contraires à la vertu de religion », et « le port des amulettes est lui aussi répréhensible » (CEC 2117). Un objet dont on s’est servi pour chercher une guidance, une protection ou une réponse entre dans cette logique. J’ai raconté ailleurs pourquoi ces cristaux, oracles et tarots soulagent sans jamais guérir.
Jeter, brûler, donner ou revendre : qu’est-ce qui compte ?
À retenir
- On ne revend pas et on ne donne pas ces objets : ce serait passer le problème à quelqu’un d’autre.
- Détruire ce qui peut l’être, jeter le reste sans mise en scène.
- Le geste extérieur ne vaut que par la décision intérieure qu’il traduit.
La règle simple que je donne : ce qui a servi à une pratique ésotérique, on ne le remet pas en circulation. Revendre ses tarots sur une brocante ou les offrir à une amie « qui aime bien ça », c’est déplacer l’objet, pas le quitter. Les chrétiens d’Éphèse auraient pu récupérer leur argent. Ils ont préféré brûler.
Concrètement : les cartes, les livrets, les carnets de tirage se déchirent ou se brûlent. Les pierres peuvent se jeter, se rendre à la terre, partir à la benne. Pas besoin de formule, pas besoin de cérémonie. Ce qui compte n’est pas le rituel de sortie, mais qu’il n’y ait plus d’ambiguïté dans le cœur.
Au printemps 2024, j’allais à la messe tous les dimanches, et je lançais en même temps un programme de vente de kits de lithothérapie. Les deux en même temps. Pendant une semaine, j’ai eu ce que j’appelle un écran noir : plus aucune clarté, des crises d’angoisse. Un dimanche de carême, j’ai posé la question à Dieu à l’église. J’ai compris que j’avais mis la peur au centre de ce que je faisais.
Ce jour-là, le problème n’était plus les objets. C’était que je gardais un pied dans chaque monde. Les ranger n’aurait rien réglé tant que je n’avais pas tranché. Ce déplacement intérieur, c’est ce que j’appelle retrouver le Christ après l’ésotérisme, et il dure plus longtemps qu’un feu de jardin.
Ce qu’on peut garder, ce qu’on ne peut pas
À retenir
- Un objet sans usage spirituel ni histoire ésotérique peut rester, s’il ne te retient pas.
- Un cristal qu’on a « chargé », un bijou reçu en initiation, un livre de magie : mieux vaut s’en séparer.
- Le critère : est-ce que cet objet appelle encore quelque chose en toi ?
Saint Paul donne un principe utile : « Discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal » (1 Th 5, 21-22).
Un caillou ramassé en randonnée reste un caillou. Une améthyste achetée en boutique et posée sur une étagère, si tu ne lui demandes plus rien, si elle ne te manque pas, peut rester. Mais si tu l’as « chargée », si tu la prends encore dans la main quand tu as peur, elle n’est pas décorative : elle est un réflexe. Là, il vaut mieux la laisser partir.
Pour les livres, je suis prudente. Garder un ouvrage d’ésotérisme « pour la culture » quand on sort à peine, c’est souvent une corde qu’on ne veut pas couper. Plus tard, avec du recul et un accompagnement, la question pourra se reposer autrement.
Je ne suis pas un bon exemple de sortie propre. Mes oracles et un de mes livres sont encore en vente aujourd’hui, sous contrat d’édition. J’ai vendu ma bibliothèque ésotérique. Je vis avec cette tension, et je ne prétends pas l’avoir résolue proprement. La première étape n’est pas la perfection. C’est l’honnêteté.
Par où commencer, sans rester seule

À retenir
- Commence par en parler à un prêtre ou à un accompagnateur, pas par un grand ménage solitaire.
- Une prière simple suffit : redonner à Dieu la place que ces objets occupaient.
- Faire bénir sa maison, recevoir de l’eau bénite : des gestes de l’Église, pas de la magie inversée.
La tentation, quand on comprend, c’est de tout faire d’un coup, seule, un soir. Je le déconseille. Ce passage se vit mieux accompagné : un prêtre, une communauté, quelqu’un qui a déjà fait la route.
Tu peux dire une phrase toute simple avant de jeter : « Seigneur, je te rends la place que j’avais donnée à ça. » Ce n’est pas une formule qui « désactive » l’objet. C’est toi qui remets la confiance à qui elle revient.
Beaucoup de prêtres proposent de bénir la maison ou donnent de l’eau bénite. Ce ne sont pas des rituels magiques à l’envers : ce sont des gestes de l’Église qui disent, avec le corps, ce que le cœur a décidé. Et si tu portes un poids lourd après des années de pratique, se confesser pour la première fois est souvent le meilleur point de départ.
FAQ
Faut-il brûler ses objets ésotériques ou peut-on simplement les jeter ?
Les deux sont possibles. Brûler ce qui peut l’être (cartes, papiers, carnets) a une valeur symbolique forte : c’est le geste des premiers chrétiens en Ac 19, 19. Pour le reste, les jeter suffit. L’essentiel est de ne pas les remettre en circulation.
Peut-on revendre ou donner ses cristaux et ses tarots ?
Mieux vaut éviter. Revendre ou offrir ces objets revient à transmettre à quelqu’un d’autre ce dont on cherche soi-même à se libérer. Les chrétiens d’Éphèse ont renoncé à une petite fortune pour cette raison.
Je n’ai pas encore la foi, juste des doutes sur le New Age. Dois-je déjà m’en séparer ?
Rien ne t’oblige à aller vite. Mais tu peux commencer par retirer ces objets de ta vue et arrêter de les consulter. Souvent, la clarté vient après le geste, pas avant.
Garder un cristal comme décoration, est-ce un péché ?
Non, si c’est vraiment décoratif : aucune « charge », aucun rôle spirituel, aucune dépendance. Une pierre est une pierre. Le problème n’est jamais l’objet en lui-même, c’est la confiance qu’on lui accorde.
Que faire si je ressens de la peur au moment de m’en débarrasser ?
C’est fréquent, et ce n’est pas un signe que l’objet a un pouvoir. C’est le signe d’un attachement. Parles-en à un prêtre, ne reste pas seule avec cette peur. « N’en ayez pas peur : ils ne peuvent faire du mal, et du bien, pas davantage » (Jr 10, 5).
Faut-il une prière de délivrance ?
Pour la plupart des gens, non : la confession, la prière et les sacrements suffisent. Si un trouble sérieux persiste, un prêtre pourra en juger. Ce n’est jamais quelque chose qu’on décide ou qu’on organise seule.
Ce que ces objets ne pourront jamais faire
Jérémie décrit les idoles de son temps : du bois taillé, « enjolivé d’argent et d’or », et il conclut : « Ils sont comme un épouvantail dans un champ, ils ne parlent pas » (Jr 10, 3-5). Mes tiroirs de pierres et mes jeux de cartes, c’était ça. Des objets qui donnaient un rituel, une impression de contrôle, jamais une réponse.
Ce que tu cherchais à travers eux, une direction, une sécurité, une présence, reste une vraie soif. Elle mérite mieux qu’un tirage. « Tout est grâce », disait sainte Thérèse de Lisieux, même ce long détour.
Si tu veux revenir à Dieu depuis là où tu es, avec le tiroir encore plein, tu n’es pas obligée d’arriver les mains vides. Tu peux commencer, et trier en chemin.
On marche ensemble.
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